La fraude en temps de Corona
On s’habitue à tout avec le temps. Et sachant que le monde souterrain a toujours une longueur d’avance sur les forces de l’ordre, cela signifie que le Corona ouvre également de nouveaux horizons dans le milieu criminel. Les journaux regorgent d’articles sur les achats frauduleux de masques buccaux et d’autres fournitures médicales. Les banques doivent repousser plus de cyberattaques que jamais. Fin mars, le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB) a même lancé un avertissement aux hôpitaux belges, car ceux-ci risquent, en période de Corona plus que jamais, de devenir victimes de ce qu’on appelle les ransomwares. Cet avertissement a été émis après qu’un hôpital tchèque important pour le traitement des tests Covid a été piraté via des e-mails de phishing et qu’une rançon a été demandée pour qu’il puisse être de nouveau opérationnel.
L’enquête pénale contre la fraude internationale : la pratique
La fraude commise dans l’ombre du virus Corona ne connaît pas de frontières nationales, tout comme le virus lui-même. Au niveau national, le gouvernement ne va pas plus loin que d’avertir les entreprises de faire attention, et de « dresser un PV » lorsque les choses tournent mal malgré tout. Ce constat n’est pas nouveau en soi, mais il est encore plus flagrant aujourd’hui qu’auparavant. Dès que la fraude prend un caractère international (et cela n’a vraiment pas besoin d’être compliqué), un sentiment d’impuissance naît souvent au sein de la justice. Il y a quelques mois à peine, un juge d’instruction a informé informellement Everest (anti)fraud qu’aucune enquête supplémentaire ne serait menée sur un compte bancaire estonien, car il ne recevrait de toute façon aucune coopération. L’Estonie est pourtant un Etat membre européen. Dans un autre dossier où une fraude aux investissements complexe a été commise avec des traces identifiables vers d’autres Etats membres européens, il a été conseillé à Everest (anti)fraud en termes voilés de ne pas déposer de plainte pénale.
Cela nous amène au constat paradoxal que les formes souvent les plus graves d’escroquerie internationale restent de facto impunies. Bien sûr, cela ne fait qu’augmenter leur attrait pour les criminels, ce qui fait que le phénomène s’accroît à une vitesse vertigineuse.
Appel à plus de coopération internationale
Ne peut-on donc rien y faire ? Bien sûr que si, mais seulement si l’on y travaille au niveau international. Sous la devise « never waste a good crisis », utilisons la crise du Corona pour mieux nous armer mondialement, ou au moins à l’échelle européenne, contre ce type de misère supplémentaire. Un tel appel est-il naïf ? Peut-être, mais c’était également le cas de l’appel lancé il y a 15 ans pour abolir le secret bancaire suisse et luxembourgeois dans la lutte contre la fraude fiscale internationale. Les efforts visant à obtenir plus de transparence sur le plan fiscal ont été entrepris à l’époque à la suite des attentats des Twin Towers. Peu de temps après, le G20 a pris l’initiative – dans la lutte contre le financement du terrorisme – d’obliger les pays du monde entier à être transparents sur le plan fiscal. Ceux qui n’y ont pas donné suite directement ont été placés sur une liste noire. Name and shame.
Le fait que la lutte contre la fraude n’a de chances de réussir que si l’on coopère au niveau international ne s’applique pas seulement au domaine fiscal, mais aussi à la lutte contre l’escroquerie et le piratage. Il est donc temps de travailler au niveau international à de meilleurs traités de coopération multilatérale, avec des temps de réponse obligatoires et courts, adaptés à la criminalité contemporaine. Avec des mécanismes de sanction pour les gouvernements qui ne coopèrent pas, et si possible avec la création d’un organe de tutelle qui supervise l’application concrète.
La criminalité aux ramifications internationales ne peut être combattue avec succès que par la coopération internationale.
Des exemples dans le secteur privé
Dans le secteur privé, on commence à le comprendre. Ainsi, par exemple, la World Tennis Association (WTA) a créé un département fonctionnant de manière indépendante (la Tennis Integrity Unit ou TIU). Au sein de la TIU, 25 à 30 anciens policiers sont actifs en permanence dans la lutte contre les matchs truqués et d’autres phénomènes de fraude dans le monde du tennis. Sur cette base, une enquête mondiale (privée) est menée, et l’on aboutit à des sanctions effectives au sein de la WTA.
Une telle approche doit également inspirer le secteur public. Ce n’est que par la coopération internationale que nous pourrons lutter contre les phénomènes perturbateurs de la société tels que le piratage et l’escroquerie. Et lors d’une prochaine pandémie ou d’une autre crise mondiale, nous n’aurons, espérons-le, plus à nous énerver contre les fraudeurs internationaux qui tentent d’en tirer un profit malsain. Never waste a good crisis.
Everest (anti)fraud continue de s’engager à aider les victimes de fraude, même lorsque la lutte est difficile. Des questions ? Contactez-nous sans engagement.
